PORTRAIT
Charles de Dainville grandit entre Paris et Saint-Germain-en-Laye, baigné dans un monde où le regard compte autant que le geste. Très jeune, il développe une curiosité pour les histoires qui se cachent derrière les objets oubliés, et recrée des univers imaginaires composés d’objets abandonnés. Cette intuition créative le conduit aux Arts Décoratifs de Paris, où il se forme au design mobilier et à la scénographie — deux disciplines qui, réunies, dessineront le cadre de toute sa pratique à venir.
Il commence par explorer les marges créatives du cinéma, dessinant des décors qui racontent des histoires. Puis il se tourne vers les espaces de marque et crée son studio. Il conçoit des univers de boutiques, de restaurants et de points de vente, apprenant à chaque projet l'art de faire parler un lieu, de le charger de sens et d'émotion, de mettre en scène une identité pour qu'elle devienne palpable, mémorable et vivante. Cette pratique pendant plus de quinze ans de l'espace commercial, contribue à fait germer en lui la graine d’une aspiration à un travail personnel essentiel : celui de créer des objets qui durent, qui transmettent, qui portent en eux une part de beauté irréductible.
En 2023, cette aspiration trouve sa forme avec la fondation de Maison Jaùh, une maison d’édition de Mobilier Artisanal Algorithmique. Avec Henri Danzin, ami rencontré sur les bancs des Arts Déco, il invente une nouvelle manière de faire du design : en résidence, dans une grange des Deux-Sèvres, aux côtés d'artisans ébénistes, dans un rapport au bois aussi rigoureux qu'instinctif.
Ici, le design n'est pas une décision solitaire mais un dialogue — entre le dessinateur et le faiseur, entre la forme et la matière, entre l'intention et ce que le bois, lui, a à dire. Les pièces qui en naissent — tables, bancs, fauteuils, bibliothèques — assument leur filiation avec l'ébénisterie traditionnelle tout en affirmant une présence contemporaine, faite de ce qu'il appelle lui-même un « équilibre déséquilibré » : une tension entre brutalité sensible et élégance contenue.
Parallèlement, sa collection personnelle explore d'autres territoires : des vases-totems, des psychés singulières, des coiffeuses aux formes narratives — des objets qui portent des noms, des caractères, presque des visages. Plus que de concevoir des objets, il imagine des présences, des narrateurs silencieux.